Un Préfet fait garder à vue, un corps dans un corbillard, voilà les raisons

0
30

Pour défaut de mention du nom d’un chef canton sur les faire-part : Une dépouille mortelle gardée à la
gendarmerie de Kévé des heures durant.

 

Le pouvoir, utilisé telle une ravageuse pestilence, pollue la vie dans la préfecture de l’Avé. Le comble, cette pollution vient de toucher la mort, du moins une dépouille mortelle dans l’obscurité et le silence de son cercueil. Retiré de la morgue d’Akepe le vendredi 28 octobre 2022, le corps de feue Azasou Yawa Patience devait être conduit à Dzolo où est programmée une veillée funèbre.

 

Mais le corbillard sera contraint à une escale à la gendarmerie de Kévé sous l’ordre du commandant
de brigade (CB), qui ne fait qu’appliquer les commandements d’Awou Kossi, préfet de l’Avé. Le motif de cette intrusion intempestive de l’administration dans le déroulement d’un programme funéraire privé va vous arracher la bave, sinon vous révolter : le nom du chef canton de Dzolo ne figure pas dans les
faire-part.

 

Un manquement apparemment jugé grave et qui constitue, aux yeux du préfet de l’Avé, un fait répréhensible.
Le corbillard ainsi que la délégation funèbre ont été gardés à la gendarmerie de Kévé durant plus de deux heures. Une sorte de «garde-à-vue». Il a fallu l’intervention éclairée de la procureure de la République près le tribunal de première instance de Kévé, suite à la saisine d’un collège d’avocats, pour leur libération, mais une libération sous caution.

 

La caution?
Tout le lot des faire-part incriminés, saisi par le CB. Ces faire-part sont confectionnés, mais n’étaient
d’ailleurs pas encore distribués, puisque c’était le jour de la veillée. Un scandale, un énième scandale signé le préfet Awou Kossi, dont l’abus de pouvoir enfante toutes les dérives, pour paraphraser Jean François de La Harpe.

 

D’après un membre de la famille de la disparue contacté, il a été pourtant délivré en bonne et due forme par le maire de la commune Avé 1 , Kodjo Alexandre Aziabu, une autorisation d’organisation de cérémonies funèbres, valable du 28 au 30 octobre 2022.
« Monsieur Alaga Kossi, demeurant et domicilié à Dzolo, est autorisé à organiser, une place publique du village de Dzolo, des cérémonies funèbres suivies de l’enterrement de feue Azasu Yawa Patience selon le programme ci après :
vendredi 28 octobre 2022 : veillée funèbre;
samedi 29 octobre 2022 : cérémonie mortuaire suivie de l’enterrement de la défunte au cimetière de
Dzolo;
dimanche 30 octobre 2022 : sortie de deuil », précise l’autorisation du maire, dont nous avons obtenu copie.

 

En République togolaise, au-delà de l’autorisation du maire pour organiser les cérémonies funèbres,
pour des raisons d’occupation d’une place publique, le contenu des faire-part n’est régi par aucun texte réglementaire, lequel prévoirait un contrôle par le préfet de la localité assorti d’une sanction pour défaut de mention du nom d’un chef canton. Le pouvoir non contrôlé autorise tous les abus, mais au final, on se couvre de ridicule par le caractère irrationnel et déraisonnable de certaines décisions. »Un homme à qui le pouvoir monte à la tête est toujours ridicule », tranche Henry de Montherlant.